Festival d'Avignon : "Mektoub Cyrano" est un cri du coeur pour le
vivre ensemble
Ecrit par Nadjib Touaibia le 26 juillet 2008
C'est bien connu, la version "OFF" du festival d'Avignon réserve en
général de belles surprises. Jouées dans les coins recoins de la ville,
ces pièces de théatre font le charme de l'évènement. Les troupes qui
tentent ainsi de se frayer un chemin à l'épreuve de cette rencontre, au
petit bonheur la chance, laissent rarement indifférent.
Il en est ainsi de "Mektoub Cyrano" la première oeuvre de Aziz Hellal,
admirablement interprétée par de jeunes acteurs au talent prometteur
autour d'un comédien, Gérard Graillot, dont la carrière est richement
jalonnée.
"Mektoub", c'est le destin, ce cours des choses que l'on a pas choisi.
Comme par exemple, le fait de se prénommer Karim plutôt que Christian
dans la France d'aujourd'hui. Un prénom que la société vous renvoie
comme un masque de laideur, mais qui n'enlève pas pour autant l'envie
et la force de se battre, de se faire aimer et accepter. Tout comme le
héros de la célèbre pièce d'Edmond Rostand.
Avec cette combinaison ingénieuse, Aziz Hellal propose une mise en
scène de "l'identité". Il décortique le contenu qui lui est attribué,
dévoile les sous-entendus et les amalgames. Il pointe en fait, et à
juste titre, une machine à exclure aux rouages bien huilés. Celle qui
laisse toujours un nombre impressionnant de jeunes issus de
l'immigration aux portes de l'emploi en particulier.
Le thème n'est certes pas nouveau en France. Mais on ne dira jamais
assez le désarroi de cette jeunesse constamment refoulée par une
discrimination sournoise, qui nourrit inévitablement sa colère.
Le travail de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et
pour l'Egalité (HALDE) n'est certes pas négligeable. Ce poison-là n'en
reste pas moins encore très répendu en France.
Ils ont le coeur gros et l'âme rebelle. Aziz Hellal, auteur de la
pièce, Frédéric Houessinon, metteur en scène, et la trouve Kamaat
Production le disent avec Brio.